S’installer sous le soleil des Canaries fait rêver beaucoup de Français en quête d’un nouveau départ. Pour comprendre concrètement ce que signifie cette aventure, nous avons échangé avec Julie, expatriée à Tenerife depuis un an, qui a accepté de nous livrer son témoignage sans filtre sur son quotidien, ses galères administratives et ses coups de cœur pour cette île volcanique.
L’info en bref
- L’installation à Tenerife nécessite une préparation administrative rigoureuse, notamment pour l’obtention du numéro d’identité étranger et l’accès au système de santé local.
- Le climat tempéré et le rythme de vie apaisé des Canaries offrent une qualité de vie supérieure, bien que l’adaptation à cette lenteur demande du temps pour les nouveaux expatriés.
- Le marché du travail local présente des défis avec un taux de chômage élevé, rendant le télétravail pour une entreprise étrangère une option privilégiée et sécurisante.
- Le coût de la vie à Tenerife est nettement inférieur à celui des grandes métropoles françaises comme Paris, permettant un meilleur pouvoir d’achat malgré des salaires moyens parfois plus bas.
- L’île offre un environnement naturel exceptionnel, marqué par des plages volcaniques de sable noir et le parc national du Teide, point culminant de l’Espagne.
- Une forte communauté étrangère, représentant plus de 25 % de la population, facilite l’intégration et le développement de services adaptés aux besoins des expatriés.
Les premiers pas d’une nouvelle vie aux Canaries
Quand on demande à Julie ce qui l’a poussée à tout quitter, elle sourit et raconte que le déclic est venu après des vacances qui ont duré un peu trop longtemps dans sa tête. Elle a finalement démenagé à Tenerife il y a 1 an en juin 2024, avec l’envie de changer radicalement de rythme de vie. Ce qui frappe d’emblée dans son récit, c’est l’anecdote de son voyage en ferry depuis Cadix, une traversée de deux jours qui lui a permis d’emporter davantage d’affaires personnelles qu’un simple vol ne l’aurait autorisé. Elle insiste d’ailleurs sur ce point car beaucoup d’expatriés optent plutôt pour l’avion, avec un vol direct depuis Paris, Lyon, Nantes ou Bordeaux qui ne dure qu’environ 4 heures, une accessibilité qui facilite grandement les allers-retours vers la métropole.
Les démarches administratives pour s’installer à Tenerife
Julie ne cache pas que la partie administrative a été la plus fastidieuse de son installation. Entre l’obtention du numéro d’identité étranger, l’ouverture d’un compte bancaire local et l’inscription auprès des services de santé espagnols, il faut s’armer de patience. Elle conseille vivement de préparer ses documents en amont, notamment les justificatifs de revenus et les attestations de domicile, pour éviter des allers-retours interminables dans les bureaux administratifs. L’île accueille aujourd’hui une part importante de résidents étrangers, puisque 25,4 % de la population de Tenerife est composée d’étrangers, soit plus de 245 000 personnes sur un total de 965 857 habitants recensés au 1er janvier 2025. Cette diversité facilite paradoxalement l’intégration, car de nombreuses structures sont désormais habituées à accompagner les nouveaux arrivants.

L’adaptation au climat et au rythme de vie insulaire
Le climat a été, selon Julie, l’un des éléments les plus faciles à apprivoiser. Les températures oscillent généralement autour de 20 degrés en hiver et dépassent rarement les 30 degrés en été, offrant une stabilité climatique assez rare en Europe. Ce rythme tempéré influence aussi le mode de vie local, plus lent, plus détendu, où les repas s’étirent et les journées se construisent autour de la lumière naturelle plutôt que des horaires stricts. Julie admet avoir eu besoin de plusieurs mois pour ralentir son propre tempo, habituée qu’elle était à la frénésie parisienne.
Travail et opportunités professionnelles sur l’île
Sur le plan professionnel, Julie reconnaît que la situation reste contrastée. Le taux de chômage aux Canaries atteignait 13,5 % au premier trimestre 2025, un chiffre qui reste supérieur à la moyenne nationale espagnole. Elle recommande donc de bien préparer son projet professionnel avant de partir, plutôt que de compter sur une opportunité locale immédiate.
Les secteurs qui recrutent et les possibilités de télétravail
Le tourisme demeure le moteur économique de l’île, mais Julie souligne que le télétravail a changé la donne pour de nombreux expatriés. Elle-même a conservé son emploi en France et travaille à distance, une solution de plus en plus courante grâce à une connexion internet fiable, disponible à partir de 30 € par mois. Le salaire moyen à Tenerife s’établit autour de 1 638 € net par mois, un montant qu’il faut mettre en perspective avec un coût de la vie globalement plus abordable qu’en métropole. À titre d’exemple, le coût de la vie à Santa Cruz est environ 46 % moins élevé qu’à Paris, ce qui compense en partie des salaires plus modestes. Côté budget quotidien, Julie évoque un repas économique au restaurant autour de 15 €, un dîner pour deux avoisinant 55 €, un abonnement mensuel aux transports publics à 38 €, et un prix de l’essence proche de 1,42 € le litre.

Le système de santé espagnol et la couverture médicale pour expatriés
La question de la santé revient souvent dans son témoignage. Julie a dû s’inscrire au système de santé espagnol, une démarche qui nécessite une résidence légale et parfois une assurance privée complémentaire durant les premiers mois. Elle insiste sur l’importance d’anticiper cette couverture avant même l’arrivée sur l’île, pour éviter toute période sans protection médicale. Une fois les démarches finalisées, elle décrit un système globalement efficace, bien que les délais puissent varier selon les zones, notamment entre Santa Cruz et les communes plus touristiques comme Adeje.
Découvrir le patrimoine naturel et culturel de Tenerife
Au-delà des considérations pratiques, Julie s’anime particulièrement lorsqu’elle parle des paysages qui l’entourent désormais au quotidien. Elle évoque sans détour les plages de sable noir, véritable signature volcanique de l’île, parmi lesquelles Playa El Socorro, Playa de la Nea, Playa de la Arena et Playa de San Marcos. Elle mentionne aussi les impressionnantes falaises de Los Gigantes, qui culminent à 600 mètres de hauteur et offrent un spectacle saisissant depuis la mer, notamment lors des sorties en kayak ou en voilier, deux activités aquatiques qu’elle pratique désormais régulièrement grâce au climat favorable qui permet de se baigner presque toute l’année.

Le parc national du Teide classé au patrimoine mondial de l’UNESCO
Impossible pour elle de ne pas évoquer le Teide, ce volcan spectaculaire qui domine l’île et qui reste, selon ses mots, l’un des plus beaux souvenirs de sa première année sur place. Le sommet culmine à 3 718 mètres, ce qui en fait le point le plus haut d’Espagne et le troisième volcan le plus grand au monde. Les visiteurs peuvent accéder en voiture jusqu’à 2 500 mètres d’altitude, puis choisir entre une ascension à pied ou l’utilisation du téléphérique pour atteindre 3 555 mètres. Julie précise qu’à partir de 2026, une autorisation payante sera nécessaire pour grimper jusqu’au sommet, une information qu’elle conseille vivement aux futurs visiteurs de vérifier avant d’organiser leur excursion. Elle garde aussi un souvenir marquant des nuits passées à observer le ciel étoilé exceptionnel de la région, réputée pour la pureté de son atmosphère.
Les traditions locales et l’intégration dans la communauté canarienne
Pour terminer, Julie parle avec enthousiasme du Carnaval de Tenerife, deuxième plus connu au monde après celui de Rio, qui attire chaque année environ 150 000 touristes et transforme complètement l’ambiance de l’île pendant plusieurs semaines. Elle évoque également ses découvertes culinaires dans les guachinches, ces petits restaurants familiaux où l’on mange pour environ 10 à 15 € par personne, ainsi que la richesse agricole locale illustrée par une production de bananes dépassant 175 000 tonnes en 2022, soit plus de la moitié de la production totale des Canaries. Enfin, elle recommande une visite à La Laguna, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, où l’architecture coloniale côtoie une atmosphère universitaire animée. Pour elle, cette diversité culturelle et naturelle constitue la véritable richesse de Tenerife, bien au-delà des simples chiffres économiques.
